J’attendais cette aile depuis longtemps. Quand Advance a annoncé l’arrivée de la TAU DLS, j’ai tout de suite voulu la voler. Trois vols plus tard, dans des conditions typiquement printanière, je peux te dire qu’elle a complètement chamboulé mes attentes. À tel point que je l’ai commandée le soir même.
Voici mon retour honnête, vol par vol, sensation par sensation. Pas de blabla marketing, juste ce que j’ai senti dans les freins et sous l’aile.
Le contexte du test

Petit rappel pour situer : la TAU DLS est la nouvelle aile EN C en 2 lignes d’Advance, homologuée début 2026 et livrée à partir de mai. Elle vient combler le créneau « Sports-Class Racer » entre la Sigma (EN C accessible) et l’Omega (EN D). Si tu veux les détails techniques, les prix et le calendrier de livraison, j’ai déjà publié un article complet sur la fiche produit. Ici, on parle vol réel.
J’ai volé la taille 23 (22.80 m² à plat) à un PTV de 99–100 kg, donc tout en haut de la plage idéale (90–99 kg). Sellette utilisée : Gin Genie Lite 3, un cocon que je connais bien. Set-up cohérent, homogène, taillé pour exploiter le potentiel de la voile.
Trois vols à Charmey, conditions actives

Le test s’est déroulé sur une seule journée à Charmey, mais une journée bien remplie. Trois vols cumulés pour environ trois heures de test. Et autant dire que la météo ne m’a pas fait de cadeau, ce qui est parfait pour évaluer une voile :
- Vol 1 : le matin, conditions calmes, vent faible, parfait pour prendre contact avec l’aile.
- Vol 2 : le gros morceau. Bise active, thermiques à +3, voire +4 m/s intégrés, plafonds à 2500 m. Un beau circuit local : Vounetz, lac Noir, Dent de Broc, retour aux Dents Vertes, la Berra, Vanil des Cours. Au-dessus de la Berra, ça cisaille et ça bouge, exactement ce que je voulais pour la mettre à l’épreuve.
- Vol 3 : vol court dédié aux manœuvres et au tournage des images de test.
Pas de cross longue distance, j’avais des biplaces à enchaîner en deuxième partie de journée. Mais en termes de qualité de conditions pour tester une aile, c’était difficile de faire mieux.
Fiche technique de la TAU DLS
Avant de rentrer dans le ressenti, un coup d’œil sur la fiche officielle. La TAU DLS est disponible en six tailles, avec un allongement de 6.5 et 73 cellules. Les matériaux sont sérieux : Skytex 38 au bord d’attaque, Skytex 32 à l’extrados, DOKDO-10DSF-HD25 à l’intrados, et des suspentes Edelrid Pro Dry non gainées.
| Données techniques | 19 | 20 | 21 | 23 | 25 | 27 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Surface (m²) | 19.10 | 20.10 | 21.50 | 22.80 | 24.30 | 26.55 |
| Surf. proj. (m²) | 16.30 | 17.15 | 18.35 | 19.46 | 20.74 | 22.66 |
| Envergure (m) | 11.15 | 11.43 | 11.83 | 12.18 | 12.57 | 13.14 |
| Allongement | 6.5 | 6.5 | 6.5 | 6.5 | 6.5 | 6.5 |
| Cellules | 73 | 73 | 73 | 73 | 73 | 73 |
| Poids aile (kg) | 4.00 | 4.20 | 4.40 | 4.60 | 5.00 | 5.40 |
| Poids déco. (kg) | 60-76 | 68-84 | 77-93 | 85-101 | 94-112 | 105-127 |
| Plage idéale (kg) | 65-73 | 73-81 | 81-90 | 90-99 | 99-110 | 110-125 |
| Homologation | C | C | C | C | C | C |
Une finition exemplaire

Première impression à l’étalage : sensation premium, clairement. Le soin apporté aux coutures, la qualité des finitions, les joncs en nitinol sur toute la longueur de l’extrados, tout respire le travail bien fait.
Les élévateurs sont fins, comme le veut la tendance actuelle chez la plupart des constructeurs. Le public a compris que les élévateurs ultra-larges n’apportent que du poids inutile, et la solidité des élévateurs étroits est largement au-dessus de ce qui est nécessaire. La prévole se fait sans difficulté, tout est lisible et logique.
Les suspentes non gainées sont colorées et différenciées : démêlage rapide. L’ergonomie des poignées de frein est super, et les aimants (classiques chez Advance) ont une force suffisante pour que le frein ne se décroche pas tout seul.
Gonflage et décollage : un toucher fin demandé

Je me suis surpris à surpiloter la tempo au décollage et à faire repartir l’aile en arrière. Comme les commandes de freins sont précises et directes, le décollage demande un toucher précis. C’est un poil déroutant les premières fois quand on vient d’une aile plus « molle ».
La montée face voile est douce et régulière. Je n’ai testé que ce gonflage, même par vent nul : ça décolle nickel face voile.
En vol : la sensation télépathique
Le contact des freins
Le contact des freins arrive rapidement et de façon nette. La course est courte, la pression modérée, exactement ce que j’aime. La pression augmente graduellement au fur et à mesure qu’on baisse les mains. Très agréable, très lisible.
Le virage : un placement millimétré

C’est dans le virage que la TAU DLS dévoile son vrai talent. La qualité est immédiatement perceptible : on arrive à placer la voile exactement où on veut dans le thermique. C’est télépathique. L’aile fait ce qu’on lui demande, à l’instant où on le demande, zéro paresse. Et la stabilité en tangage joue à fond : quand on accentue le virage pour aller chercher le cœur du thermique, elle ne plonge pas, et elle n’a pas besoin d’être beaucoup travaillée avec le frein extérieur comme c’est parfois le cas avec d’autres ailes.
Stabilité en roulis et wing-overs
Rien de particulier à signaler en roulis, l’équilibre est parfait. Les wing-overs sont très agréables : la remise à plat de cette aile est particulièrement efficace (les winglets y sont peut-être pour quelque chose), garder le rythme est un jeu d’enfant, et tous les retours d’information utiles passent parfaitement dans les freins. Globalement, on sent l’aile très solide sur la tête, on a l’impression d’une pression interne très élevée. L’intrados reste impressionnant de tension, sans une vibration et un état de surface proche de la perfection.
Performance : montée, plané, accéléré
Montée en thermique
Dans les petits thermiques aussi, la TAU DLS est efficace. Durant cette journée, j’ai enroulé plusieurs fois aux côtés d’autres pilotes, en B+ et en C 2 lignes. J’ai systématiquement eu une montée un poil plus rapide que les autres pilotes croisés ce jour-là. Attention, je ne dis pas que c’est le jour et la nuit, mais à chaque rotation, je sortais un peu plus haut. Centrer le noyau est super facile puisqu’on la place au millimètre.
Accélérée : confort et flottabilité

Pour la vitesse max, j’ai bien tenté de mesurer, mais les conditions étaient si turbulentes qu’il m’a été impossible de faire une vraie mesure. Ce que je peux dire : elle avance, et elle garde un glide impressionnant accélérée.
Le plus important, c’est qu’on se sent super bien avec le barreau poussé. Le pilotage aux arrières demande un peu d’amplitude, mais ça permet un confort et une sensation très smooth. Je l’ai poussée poulie contre poulie dans une zone particulièrement turbulente. Ça secouait fort, mais à aucun moment elle ne m’a fait peur. Elle garde une super flottabilité, comme si elle « fendait les vagues », et on se sent en sécurité dessous. Le retour d’information dans les arrières est suffisamment filtré pour rester agréable et confortable, mais on reçoit toutes les infos pour garder l’aile sur la tête.
En résumé : une aile qui donne envie de voler longtemps, encore et encore, confortablement.
Manœuvres et sécurité
En turbulence
L’aile fait une partie du boulot grâce à sa stabilité, mais on est sur une EN C, il n’y a aucun doute : elle demande un pilotage actif et précis.
Amorce de vrille et sorties chandelles

Son comportement en amorce de vrille est extrêmement doux. J’ai fait un départ de vrille sur un demi-tour : elle reprend le vol avec une grande douceur, sans shoot et pratiquement sans nécessiter de tempo. C’est tout simplement bluffant. Encore une fois, la stabilité en tangage vient adoucir son comportement.
Pareil pour les sorties chandelles. On sent parfaitement à chaque instant où l’on se situe sous l’aile, le contact des freins est net et permet une compensation du roulis parfaite. Le shoot reste plutôt doux pour la catégorie. Qu’on s’entende : on a quand même les mains dans le dos pour ces grosses tempos où la voile revient de loin derrière, mais elle s’arrête avec une efficacité remarquable, sans aller trop loin devant. Globalement un équilibre incroyable sur tous les points : on retrouve la signature Advance, un équilibre savamment dosé.
Oreilles

J’ai fait les oreilles aux A : étonnamment facile, et la réouverture est excellente, parfois même spontanée, sinon une légère pression des freins suffit. Petit bémol : on passe d’un taux de chute de 1 m/s à 1.5–1.6 m/s seulement, ça reste limité comme moyen de descente. J’aurais dû tester les oreilles aux B accélérée, certainement beaucoup plus efficace. Voilà, j’ai ajouté un paragraphe de mise en perspective :
Cela dit, soyons honnête : sur ce type d’aile, les oreilles ne sont pratiquement jamais utilisées dans la pratique. Quand il faut vraiment perdre de l’altitude, le pilote d’une EN C 2 lignes a d’autres outils plus adaptés dans sa panoplie.
Spirale
Comme toutes les EN C, elle accumule beaucoup d’énergie, qu’il faudra dissiper d’une manière ou d’une autre en sortie. Les forces G sont importantes, rien de surprenant pour la catégorie, mais c’est à intégrer dans son pilotage.
Fermetures
Je n’ai pas pu tester les fermetures provoquées (pas de lignes de pliage à disposition), et je n’ai pas eu de fermeture spontanée durant ces trois vols, malgré les conditions actives. À noter, par souci d’honnêteté.
Atterrissage : une distance de plané bluffante
L’atterrissage est assez dingue. Elle permet des flares très efficaces sans même être accélérée. L’atterro de Charmey est très légèrement en descente, et le simple fait de se mettre au contact des freins met l’aile parallèle au sol sur une distance hallucinante. On a l’impression de voir atterrir une EN D tellement le glide est long. Mes trois posés ont été identiques sur ce point : ça vole encore, et encore, et encore. Quelle machine !
J’ai aussi testé un atterrissage de précision au pompage, et là encore c’est rassurant : lorsqu’on pompe un peu trop profond, le début de phase parachutale est très net alors que l’aile n’est pas encore très déformée. Excellent comportement, qui donne des points de repère clairs au pilote.
Verdict : à qui s’adresse la TAU DLS ?
Les trois points forts qui m’ont marqué
- Le rendement en virage, qui transforme chaque thermique en moment d’efficacité pure.
- La précision du placement dans le thermique, qui rend le pilotage télépathique et procure beaucoup de plaisir.
- L’envie de voler longtemps : confortable, peu fatigante, elle donne le sentiment qu’on pourrait enchaîner les heures sans s’épuiser.
Les points à connaître avant de craquer
- Le décollage demande du toucher. Avec ses freins précis et directs, le surpilotage n’est jamais loin. Il faut un peu de temps pour calibrer son geste.
- Les commandes sont courtes. Sur un incident de vol, le risque de surpilotage sera là aussi présent, c’est la rançon de la précision.

À quel pilote je la recommande
Pour un pilote qui vient d’une B+, le gap est probablement trop grand. Avoir réalisé plusieurs stages SIV avec succès et être à l’aise avec toutes les manœuvres est un minimum requis, en plus d’une vraie expérience de vol. Comme pour toute aile en EN C d’ailleurs.
La TAU DLS s’adresse au pilote ambitieux qui veut basculer dans la performance pure d’une 2 lignes, sans pour autant aller chercher les niveaux d’engagement d’une EN D. Elle est faite pour le cross, la compétition sport-class, et tous ceux qui veulent un rendement maximal avec un pilotage qui reste lisible et précis.
Ma note : 10/10
Je dois être franc avec toi. J’ai totalement croché sur cette aile. Sur le trajet du retour, je n’arrêtais pas de penser et repenser à ce feeling, à cette sensation qui me manquait déjà.
C’est terrible à dire, mais j’ai eu la même sensation qu’on a quand on rencontre quelqu’un pour qui on a un coup de cœur et qu’on a envie de revoir. Vous devinez la suite : j’ai craqué, j’ai commandé une TAU. Je voulais la prendre en couleurs custom (10 semaines d’attente). Finalement, l’Indigo sera là dans 4 semaines, j’ai donc pris ma place dans la file d’attente. Tant pis pour la couleur, je veux juste… voler avec.
C’est l’aile que j’attendais depuis longtemps. Je me suis senti en phase avec elle dès le premier virage, tout est parfait à mon goût. J’ai presque déjà peur qu’une aile pareille ne puisse plus exister à l’avenir. Ok, j’avoue : je suis un peu tombé amoureux.

Tu veux la voler avant de te décider ?
Chez Thalia Parapente, on est revendeur officiel Advance. Si tu veux la tester sur un de nos sites principaux (Charmey, Chablais), contacte-nous à l’avance pour qu’on amène la taille adaptée à ton PTV le jour de ta venue.
Et si tu veux les détails techniques, les prix et le calendrier de livraison, c’est par ici sur l’article produit.


