5 vols à Charmey pour tester cette ultra-légère au maximum de sa plage EN B
Début novembre, j’ai enfin pu sortir la Pi 4 ULS en conditions réelles. Pas de thermique, pas de grandes aventures, juste l’essentiel : décollage nord de Vounetz à Charmey, conditions calmes avec une légère bise de 5-10 km/h. Cinq vols de cinq minutes pour évaluer ce qui compte vraiment sur une voile montagne : le gonflage, la sécurité passive, le comportement aux limites.
Et autant te le dire tout de suite : cette Pi m’a bluffé sur plusieurs points. Mais elle m’a aussi confirmé que dans cette taille, elle reste avant tout un outil dédié au marche & vol. On va tout décortiquer.
Contexte du test

J’ai volé cette Pi 4 ULS 20m² chargée à 95 kg — soit pile au maximum de l’homologation EN B. Pourquoi ? Parce que c’est dans cette configuration qu’on voit vraiment le caractère d’une voile. Si elle reste saine et rassurante au max de la plage, c’est bon signe.
Les conditions étaient simples : décollage entre deux pilotes, peu de place, voile en corolle, vent de 0 à 5 km/h. Exactement le genre de situation où tu veux une aile qui monte bien. Ensuite, transition vers le box au dessus de l’atterrissage avec quelques tests techniques : Course aux freins avant décrochage, fermetures, spirale, départ de vrille, manœuvre d’évitement, pilotage accéléré aux arrières.
Sellette utilisée : une Advance Easiness 4, qui a déjà elle-même une réponse au poids sellette plutôt douce. La combinaison des deux donne quelque chose de particulièrement sage.
Fiche technique
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Surface projetée | 17,86 m² |
| Envergure | 9,58 m |
| Envergure projetée | 7,86 m |
| Allongement | 4,5 |
| Allongement projeté | 3,5 |
| Poids | 2,45 kg (élévateurs légers) |
| Cellules | 38 |
| CERTIFICATIONS & PLAGES DE POIDS | |
| Plage de poids EN/LTF A | 58-82 kg |
| Plage de poids EN/LTF B | 82-95 kg |
| Plage idéale thermique | 58-72 kg |
| Plage idéale marche & vol | 72-85 kg |
| Plage idéale mini-voile | 85-95 kg |
Matériaux : Bord d’attaque Skytex 32, extrados Skytex 27 classic II, intrados DOKDO 10DSF. Les élévateurs sont en PES/Technora 12mm (version élévateurs légers — les élévateurs ultra-légers sont réservés aux tailles 14, 16 et 18). Freins guidés par low friction rings plutôt que des poulies, connexion des suspentes par softlinks, et kit oreilles intégré sur les A.
Finition : irréprochable, comme toujours chez Advance. Compress bag fourni, ainsi qu’un rouleau de ripstop pour les petites réparations.
Gonflage et décollage : le gros point fort
Commençons par ce qui m’a le plus marqué : le gonflage de cette Pi est déconcertant de facilité.
Arrivé sur le déco avec peu de place, je me suis glissé entre deux pilotes, voile en corolle au sol. Un bref démêlage en tirant les freins, les A, les B, puis les C — tout semblait dégagé. Les suspentes dégainées ont tendance à légèrement accrocher entre elles quand elles sont neuves, mais rien de bloquant.
Vent nul à 5 km/h : je tire sur mes A, la voile prend instantanément sa forme et monte parfaitement droite sans qu’aucune correction ne soit nécessaire. Sur les cinq vols d’essai, je n’ai jamais parfaitement ouvert la voile au sol et c’était à chaque fois impeccable, pratiquement sans besoin de correction.
Ça monte d’un bloc, le contrôle au frein est facile, ça ne dépasse pas. C’est exactement ce qu’on souhaite sur un décollage engagé, avec peu de place ou peu de vent. La capacité d’auto-centrage de cette voile est exceptionnelle.
Un point de vigilance toutefois : là où ce gonflage monobloc est un avantage par vent faible, ça peut devenir un défaut par vent fort, où la montée risque d’être brutale. Comme toujours en parapente, c’est une histoire de compromis.
Comportement en vol : sage et prévisible
Une fois en l’air, la Pi ULS affiche un caractère parfaitement équilibré. Pour te donner une idée, si on devait la comparer : il y a des voiles comme la Kode P de Niviuk (en 18m² à 95kg) qui, lorsqu’on amorce un virage, ont tendance à aller un peu plus loin que prévu — super joueuse mais moins rassurante pour un pilote plus sage. À l’inverse, l’Ultralite d’Ozone (19m2 à 95kg) est particulièrement sur la retenue et engage toujours un peu moins que ce dont je pourrais m’attendre.
La Pi ULS se situe pile au milieu. Les freins sont assez directs mais restent progressifs et très faciles à doser. Aucune surprise à la mise en virage. La réponse est instinctive.
La stabilité en roulis comme en tangage est très marquée. Avec l’Easiness 4 (qui a déjà une réponse au poids sellette plutôt douce), la combinaison donne quelque chose de particulièrement sage et rassurant. À aucun moment la voile ne surprend dans ses réactions. Difficile de réellement amplifier un mouvement de tangage à la commande. Les abattées sont douces, comme on peut s’y attendre avec une voile light.
Même à 95 kg sur 20m², le comportement reste posé. Clairement rassurant à tous les moments du vol.

Performance : le plané qui bluffe
Là, j’avoue avoir été surpris plusieurs fois. Au décollage nord de Charmey, il faut immédiatement tourner à gauche après le déco pour repasser la crête et venir du bon côté de la vallée. À chaque vol, j’ai pu repasser plus haut sur la crête que lors de n’importe quel autre vol avec d’autres ailes montagne. Ça m’a beaucoup étonné.
Une fois arrivé dans le box, je suis arrivé plusieurs fois à la même hauteur que nos élèves en parapentes classiques EN A.
C’est un point difficile à comparer objectivement avec d’autres voiles, mais je n’ai aucun doute : le plané de cette Pi se situe dans le tout haut du panier pour la catégorie, surtout vu la charge alaire.
Côté vitesse, je n’ai pas fait de mesure GPS (ce n’est pas une donnée très intéressante pour ce genre de voile). Mais l’accélérateur est clairement efficace, avec des gains de vitesse particulièrement significatifs — un gros plus si tu te retrouves dans une situation de vent fort en vol. Facile à pousser, pilotage aux arrières sans difficulté, réponse prévisible. Elle reste tout aussi stable en roulis même accélérée à fond.
Sécurité passive : impressionnante
J’ai poussé les tests aux limites du domaine de vol pour voir comment elle se comporte. Verdict : cette voile est d’une sécurité passive parfaite.
Fermeture asymétrique claquée (sans intervention aux freins, neutre sellette) : réouverture instantanée, changement de cap de l’ordre de 15-20 degrés grand maximum. Alors qu’on est tout en haut de l’homologation EN B, c’est vraiment impressionnant.
Fermeture asymétrique maintenue : il faut du poids sellette et un peu de frein côté ouvert pour maintenir le cap, mais à aucun moment la voile n’a eu de réaction violente. C’est toujours doux et prévisible.
Oreilles : faciles avec les A’ dédiés, réouverture instantanée.
Test de neutralité spirale : j’ai mis la voile en 360 face planète, puis bras haut et poids sellette volontairement gardé à l’intérieur du virage. Elle est sortie toute seule en seulement 1,5 à 2 tours. Évidement avec un tel virage, une fois sortie de la rotation il est nécessaire de piloter pour compenser le roulis et éviter une abatée asymétrique.
Second test sur un virage semi-engagé (inclinaison à 45°) sortie naturelle (sans intervention du pilote pour compenser le roulis) c’est propre, sans même un flap des bouts d’ailes. Parfait.

Atterrissage : une bonne copine
Le posé est irréprochable. Le côté rassurant de cette voile fait qu’on peut lancer encore quelques virages engagés près du sol tout en restant serein sur ses réactions sans surprises. C’est une bonne copine qui donne rapidement cette impression de familiarité, comme si tu la connaissais depuis longtemps, et qui prend soin de toi pour te ramener sur terre en douceur.
Verdict : pour qui, pour quoi ?
Points forts
- Gonflage ultra-facile : monte d’un bloc avec un auto-centrage parfait, idéal pour décollages engagés
- Plané excellent : performances surprenantes pour la catégorie
- Sécurité passive parfaite : réactions douces, réouvertures instantanées, comportement prévisible
Points de vigilance
- Le gonflage monobloc peut devenir un défaut par vent fort
- À mon goût, elle manque un petit peu de « fun factor » — je préfère les ailes montagnes plus joueuses. Mais c’est très subjectif, et je sais que la majorité des pilotes trouveront au contraire le comportement de cette aile parfait.
- La version 20m² chargée à 95 kg n’a pas vraiment un comportement de mini-voile (la 18m² devrait être plus adaptée pour cet usage avec l’homologation EN C à 95kg, notre prochain test pourra le confirmer)
Public visé
C’est une voile montagne destinée aux pilotes qui font du marche & vol sur la grande majorité de leurs vols. Un débutant sera aussi parfaitement à l’aise sous cette aile — mais je la réserverais pour un élève qui n’a vraiment pour objectif que le pur marche & vol et qui voit le parapente uniquement comme un outil pour redescendre.
Pour la formation générale, je pense que les ailes montagnes sont trop limitantes pour voir son pilotage vraiment progresser. Ce sont des voiles qui ont paradoxalement des réactions vives en SIV : la sécurité passive est telle qu’elles veulent absolument revoler. Il est bien souvent difficile de réaliser un back fly propre avec une voile montagne.
Qu’on s’entende bien : ce sont des voiles parfaitement safe. Mais c’est un peu comme faire du vélo avec les petites roues derrière. Pour l’élève qui souhaite devenir un pilote complet et faire des stages SIV par la suite, ça peut devenir pénalisant.
Mon avis et test vidéo
Je pense que c’est une voile qui rendra heureux un très grand nombre de pilotes. Son comportement est absolument parfait d’un point de vue sécurité, la prise en charge au décollage est rapide, et elle saura te ramener en bas après un marche & vol même sur un décollage difficile.
Note : 5/5 — elle remplit parfaitement son cahier des charges. Je mettrais même 6/5 sur l’aspect sécurité de cette 20m².
J’attends maintenant avec impatience de recevoir la version 18m², qui devrait avoir un comportement plus vif et probablement me faire changer d’avis sur le « fun factor » de la Pi.
La Pi 4 ULS 20m² est disponible en démo chez nous si tu souhaites te faire ton propre avis. Contacte-nous sur info@thalia-parapente.ch pour réserver ton vol test ou connaître le prix de l’aile.