Si tu prépares l’examen de théorie ou que tu discutes météo sur un déco, tu as sûrement déjà entendu : « Le foehn commence à partir de 4 hPa de différence entre Zurich et Lugano. »
C’est simple, c’est beau… mais c’est surtout FAUX, ou en tout cas bien trop simpliste pour qu’on s’y fie en parapente.
Oui, le gradient de pression donne une indication. Mais on observe parfois du foehn avec 1-2 hPa seulement, parfois aucun foehn malgré 4-5 hPa, et surtout, ce chiffre ne dit rien sans la direction exacte du vent.
En tant que pilotes, on ne peut pas se contenter d’un chiffre magique. Il faut comprendre le foehn et savoir le détecter dans la vraie vie, sur les cartes et sur le terrain.

1. Comment se crée le foehn ?
L’effet de foehn se produit lorsque le vent est obligé de s’élever en rencontrant les Alpes. Le vent étant un fluide comme l’eau, il choisit toujours le chemin le plus facile. Pour qu’une masse d’air accepte de grimper sur la montagne, plusieurs facteurs entrent en jeu :
- La direction du vent : plus le flux arrive perpendiculaire au relief, plus il est forcé à s’élever
- La forme du relief : hauteur et angle de pente influencent la facilité pour l’air de le franchir
- La force du vent : ici interviennent notre fameux gradient de pression en hPa
- Les caractéristiques de la masse d’air : température et humidité déterminent comment elle se refroidit et se réchauffe
2. Le foehn se décide en altitude
Le gradient Zurich-Lugano est mesuré au niveau du sol. Ces valeurs peuvent être fortement influencées par la situation locale. Si une des villes se trouve dans un lac d’air froid, la pression au sol sera artificiellement plus élevée. Le différentiel peut alors être surévalué ou sous-évalué par rapport à la réalité en altitude, là où se joue vraiment le foehn.
3. Comment prévoir le foehn en parapente ?
3.1 La situation générale
Avant tout, observe la situation générale sur l’Europe. Typiquement : dépression au Nord-Ouest avec front froid sur la France, anticyclone au Sud-Est créant un courant de Sud qui traverse les Alpes.
3.2 L’angle exact du vent
L’axe des Alpes Suisses n’est pas droit. L’orientation du vent est cruciale :
- Cap 160° à 180° (Sud/Sud-Est) : Impact frontal parfait pour le foehn qui entre en premier dans le Haut-Valais et Valais Central
- Cap 190° à 240° (Sud-Ouest) : Le vent glisse en biais, peut renforcer le vent de vallée. Attention dans le Bas-Valais et Chablais : cette orientation fait souvent entrer le foehn par les cols bas de la région lémanique !

Comment connaître ce cap ?
- MétéoSuisse : Météorologie Aéronautique (payante) – « différence de pression »
- Animations de vent en altitude : MétéoSuisse ou XCTherm (gratuits)
3.3 La force du vent
C’est là qu’on regarde les différences de pressions et prévisions de vent en altitude. Avec un faible vent et angle perpendiculaire, on peut avoir du foehn. Mais avec un angle moins perpendiculaire, c’est la force du vent qui compte. S’il est particulièrement fort, méfie-toi pour toutes les directions avec tendance Sud.
À consulter :
- Diagramme de différence de pression
- Vent annoncé aux différentes altitudes sur MétéoSuisse
Animations de vent en altitude : MétéoSuisse ou XCTherm

3.4 Les caractéristiques de la masse d’air
Quelques éléments classiques, même si pas systématique, d’une situation de foehn :
- Vent rafaleux sur les crêtes alpines
- Pluie annoncée sur le Tessin
- Temps plus sec et plus chaud au Nord des Alpes / dans la vallée du Rhône
4. Le jour même : qu’observer ?
4.1 Les sentinelles : balises qui donnent l’alerte
Surveille les balises des vallées d’où le foehn peut arriver :
- Le Gütsch, Andermatt (2287m) : Le « canari dans la mine » pour la Suisse Centrale (Gothard/Reuss). Si ça marque 50 km/h de Sud, ça va finir par descendre
- Viège (649 m) : tu peux y voir le foehn qui entre dans la vallée du Rhône
- Grand-Saint-Bernard (2472m) : Référence pour le Valais et Chablais. Si ça souffle fort en Sud/Sud-Ouest, méfiance absolue dans la vallée du Rhône
- Le Matro (2171m) : Sentinelle côté Tessin. Permet de voir la force du flux avant de passer le col
- Les Diablerets (2966m) : Excellent indicateur pour les flux d’altitude sur les Alpes Vaudoises
Ce ne sont que quelques exemples, pense à ouvrir la carte des valeurs mesurées sur MétéoSuisse et winds.mobi pour observer les balises : vents forts, rafales, incohérences…

4.2 Les signes visuels : quand la nature te parle
- Les Lenticulaires : Nuages en forme d’amande ou de soucoupe. Même très hauts et immobiles, ils indiquent des vents violents en altitude
- Le Mur de Foehn : Barre nuageuse compacte qui s’écrase sur les crêtes sud et semble déborder sans avancer vers le nord
- Température anormalement élevée par rapport à la saison ou au moment de la journée
- Décollage avec vent faible ou variable alors que les crêtes fument et les lenticulaires sont alignés au-dessus
- Atterro bien alimenté en vent qui redescend la vallée alors que tu devrais avoir une tendance inverse
Attention : ce n’est pas parce qu’aucun de ces signes n’est visible qu’il ne peut pas y avoir de foehn !


5. Conclusion : ne pas jouer avec le foehn
Pour nous, la règle d’or est l’anticipation.
- Ne regarde pas juste le chiffre « 4 hPa »
- Vérifie la direction exacte du vent
- Surveille les balises
- Si tu as un doute, renonce
Et souviens toi…Il vaut mieux regretter d’être au sol que regretter d’être en vol.
6. Pour aller plus loin
Tu veux devenir un vrai pro du foehn ? Voici quelques pépites du blog MétéoSuisse pour aller plus loin…